Donner du sens à son existence
- yherry92500
- 26 déc. 2022
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 juil. 2025

« L’être humain est un être de parole et de langage …
La pensée, la parole et le langage, dimensions jusqu’alors oubliées, ressurgissent, interrogent et éclairent les comportements humains dans les organisations …
De l’être humain réduit à n’être qu’un émetteur ou un récepteur suivant le modèle du code, cette vision nouvelle de la communication qui apparaît aujourd’hui dans le champ des organisations et de la gestion nous renvoie à un être de parole dont l’expression non seulement le constitue en tant qu’être, mais aussi donne un sens à tout ce qui l’entoure et bien sûr à son existence». (Chanlat, 2013)
Une définition
Les définitions du terme « sens » nous emmènent dans des directions différentes, polysémique, il revêt plusieurs significations (les dictionnaires Larousse en définit cinq et l’Universalis treize).
Dans sa thèse sur le concept du sens en sciences de gestion, L.Garreau retient quatre ensembles de définitions (Garreau, 2011) :
L’idée ou l’ensemble d’idées intelligible que représente un signe ou un ensemble de signes
La faculté d’éprouver des impressions
La faculté de bien juger les situations
La direction que prend une activité.
Du verbe au sens
La linguistique distingue trois composants : référent (objet réel : un arbre), signifiant (la forme : texte représentant un objet en bois « arbre » ) et signifié (le concept : image de l’arbre).
Ferdinand de Saussure (1857-1913) déclare que le signifiant et le signifié se mélangent pour donner la signification.
Il ajoute la notion de contexte qui permet à partir de l’image acoustique « je l’apprends », « je l’a prends» de comprendre le sens. Il s’inscrit dans l’approche structurelle du langage.
L'analyse sémantique d'un message est la phase de son analyse qui en établit la signification en utilisant le sens des éléments (mots) du texte, par opposition aux analyses lexicales ou grammaticales qui décomposent le message à l'aide d'un lexique ou d'une grammaire. La sémantique concerne le sens des énoncés.
L’être humain, un être de sens
« Je continue à croire que ce monde n’a pas de sens supérieur. Mais je sais que quelque chose en lui a du sens et c’est l’homme, parce qu’il est le seul être à exiger d’en avoir. » Albert Camus, L’Homme Révolté
De la sémantique générale à la thérapie émotivo-rationnelle
Korzybski était ingénieur, expert des services de renseignements et des sciences humaines.
Il fonda une discipline sur le recul critique de nos réactions (non verbales et verbales) aux événements au sens large, et nos interactions avec les autres. Vers 1900 Bertrand Russell et George Edward Moore fondent la philosophie analytique anglo-saxonne qui est la source du savoir de Korzybski. Elle attira Wittgenstein et plusieurs penseurs européens qui ont migré aux États-Unis pendant les années 1930 pour fuir la menace nazie.
Plusieurs logiciens considèrent à l'époque que la vocation du langage est de décrire le monde d'une façon claire par la rigueur du langage mathématique. Ils définissent alors une logique non-aristotélicienne (Vogt, 2001) renonçant par exemple au principe d'identité. Il ne faut pas confondre le mot et la chose : le mot « pommier » ne donne évidemment pas de pommes, et le mot « chien » n'aboie pas. Dans le cadre thérapeutique, il s'agit de réagir intellectuellement au sens des phrases sans s'arrêter émotionnellement au signal des mots.
La sémantique générale de Korzybski étudie la façon dont nous réagissons vis-à-vis de nos processus de perception et la façon dont nous produisons du sens dans l'expérience du monde, comment nous jugeons différents aspects de la vie quotidienne en fonction de nos croyances, en particulier nos valeurs.
Sa théorie est présentée pour la première fois dans son ouvrage Science and Sanity : An Introduction to Non-Aristotelian Systems and General Semantics
Il s'interroge :
«Quelle est la caractéristique spécifique des humains qui en fait des humains?»
Il analyse les processus neurologiques et socio-culturels qui permettent aux hommes de créer, de conserver et de transmettre ce qu'ils ont appris individuellement au profit des générations futures. Il nomme cette capacité neurologique spécifique le « time-binding ».
L'observation générale des réactions humaines quotidiennes montre que nombre de personnes normales sont plus ou moins désorientées dans l'espace-temps. Les patients des hôpitaux psychiatriques présentent souvent des désorientations aiguës relatives au «qui», au «où», et au «quand».
Les médecins familiarisés avec la Sémantique générale traitent souvent de tels cas avec succès, appliquant ces nouvelles méthodes extensionnelles en psychothérapie pour éliminer l'identification du passé avec le présent, etc., réorientant ainsi l'individu dans l'espace-temps.
Les prémisses du système non-aristotélicien peuvent être exprimées par la simple analogie de la relation d'une carte avec le territoire :
Une carte n'est pas le territoire.
Une carte ne représente pas tout le territoire.
Une carte est auto-réflexive, en ce sens qu'une carte 'idéale' devrait inclure une carte de la carte, etc., indéfiniment.
Appliquées à la vie courante et au langage, les prémisses s'expriment ainsi :
Un mot n'est pas ce qu'il représente
Un mot ne représente pas tous les « faits », etc
Le langage est auto-réflexif, en ce sens que nous pouvons, dans le langage, parler à propos du langage.
« De façon générale, les êtres humains s’installent dans des croyances, des attitudes, des opinions et des philosophies à l’aide de phrases intériorisées puisée à même leur langage intérieur… Presque toutes ces recherches ont démontré qu’une forte incitation à modifier des croyances ou des philosophies entraînait également une importante modification des émotions et des schèmes du comportement … notre méthode mettait efficacement en pratique les enseignements d’Alfred Korzybski. » (Ellis & Harper, 2007).
Bibliographie
Chanlat, J. F. (2013). L'individu dans l'organisation, les dimensions oubliées. Québec: ESKA.
Ellis, A., & Harper, R. (2007). La thérapie émotivo rationnelle. Genève: Ambre Editions.
Garreau, L. (2011). L'apport du concept de sens à l'étude du fonctionnement des équipes projet. Etudes de cas de développement de centres commerciaux chez Immochan. Thèse, DRM - Dauphine Recherches en Management Management & Organisation, Paris. Récupéré sur https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00580539



Commentaires